La proposition

Deux courants de pensée antagonistes se trouvent objectivement alliées pour faire que l’État se désengage de toute responsabilité quant aux langues/cultures indigènes de son territoire, et prônent l’idée que c’est aux régions seules de s’en occuper : *1) l’idéologie française régnante, celle du centralisme et de l’unitarisme, qui croit ainsi se débarrasser du problème ; cette idéologie, qui organise et donne ses contenus à la culture française depuis plus de cinq siècles, à tel point qu’on ne la voit plus et qu’on la prend pour la nature des choses, commence à décliner face à la montée du démocratisme et du pluralisme mais, se faisant par ailleurs la championne de valeurs (unité, égalité, laïcité, solidarité) auxquelles sont attachés les Français, elle peut longtemps encore prolonger son règne ;
*2) l’idéologie des militants régionalistes ou nationalitaires, politiques ou culturels, désireux de prendre la France en sandwich entre l’Europe et les régions, voire, pour certains, désireux de constituer des région/états autonomes ; ces régionalistes s’appuient sur un juste constat, celui du multiséculaire mépris de l’idéologie française pour les langues/cultures indigènes de France (et au-delà pour les accents et tout ce qui sort du moule), et défendent des valeurs (démocratie, pluralisme) auxquelles les Français s’attachent de plus en plus. Les uns nient, au nom de l’unité nationale, toute pluralité culturelle interne (vantant la « diversité » pour le reste du monde) ; les autres, au nom de la « diversité » culturelle, en viennent à remettre en cause la solidarité nationale. Les uns et les autres ont quelques chose en commun : ils confondent l’ordre culturel et l’ordre politique (« une nation, une langue ») (comme autrefois « un royaume, une religion »), et savent si peu ce que la langue est à la pensée qu’ils placent la culture et les œuvres derrière la langue de communication. Leur débat occupe tout l’espace, comme s’il n’y avait pas d’autre voie. Il y a une autre voie : la meilleure. Pour la connaître, il suffit d’écouter le peuple français : il veut l’unité politique, il veut la pluralité culturelle. Et cette volonté – que lui donne son intuition – retrouve l’argumentation des esprits les plus éclairés en ce domaine : * les langues/cultures indigènes de France ont participé de façon déterminante à la construction de la langue/culture française, de la pensée française, de l’identité française ; sans éducation aux langues/cultures indigènes, on comprend mal la langue/culture française, on ne comprend rien à ce qu’est la pensée et l’identité française. * non seulement la langue/culture/identité française est, ainsi, mal comprise, mais elle est condamnée au déclin si meurent les langues/cultures indigènes. Car le déclin actuel de la culture française ne vient pas d’attaques extérieures, comme se plaisent à penser les idéologues (« c’est la faute à l’autre »), mais du fait qu’elle a de moins en moins d’affluents intérieurs, parce que le centralisme a toujours essayé – réussissant en partie – d’éradiquer tout esprit d’initiative ou d’entreprise qui ne partent pas de son nombril et, partant, de tuer toute émulation. Sans les langues/cultures indigènes, sans réservoir d’inventions issues d’ailleurs internes, c’est-à-dire sans le peuple dans sa pluralité, la culture française se retrouve, avec ses cocoricos subventionnés (élitisme) et ses mythes cocardiers (populisme, nationalisme), désarmée face au mouvement du monde ; * inversement, la langue/culture française a marqué indélébilement de ses œuvres, de ses valeurs, toutes les langues/cultures indigènes de France, et on ne comprend rien à leur histoire si on ne connaît pas ce rôle de la langue/culture française ; * mais il y a plus : sans conscience de la nature de leur relation avec la culture française, sans projet de relation avec elle, ces langues/cultures sont sans avenir : on peut le voir dans les utopies des tenants de la « diversité » et du régionalisme, où ces langues/cultures, coupées de leur histoire qui est à la fois celle de leur négation par l’unitarisme et de leur affirmation (voire leur éclosion) contre ce même unitarisme, se retrouvent sans emploi alors que leur mission essentielle, celle qui les a fait renaître voire naître, celle pour laquelle elles sont les mieux armées (et seules à être armées), est justement de guérir la France de sa maladie centraliste/unitariste, en tournant contre cette maladie les valeurs républicaines que la France leur a apprises et en les re-inventant : décentralisation et pluralisme culturel, pour plus de démocratie et plus de république. C’est par leurs œuvres visant à transformer ainsi la France (critique de l’histoire officielle – nationaliste – non pour la remplacer par un petit nationalisme inverse, mais pour servir à la pensée d’une nouvelle épistémologie de la science historique ; critique de la linguistique établie pour servir à une nouvelle pensée de ce qu’est une langue, de ce qu’est le langage, etc. etc.) que ces langues/cultures s’inventeront un avenir. C’est en libérant tous les français du centralisme, c’est en libérant toute la culture française de son carcan unitariste qu’elles se trouveront elles-mêmes.(*) %%% Notre __proposition de généralisation à tous les Français d’une éducation à toutes les langues indigènes de France__ sort de ce raisonnement et n’a qu’une ambition : faire que plus personne n’ignore ces mouvements de l’histoire et n’en ignore les enjeux. L’État est donc concerné au premier chef. Sa mission :%%% 1. organiser une éducation pour tous les Français à toutes les langues/cultures indigènes de France. Ce qui renforcera la solidarité nationale.%%% 2. organiser, contre la « diversité culturelle » (chacun sa petite langue/culture dans son coin, dans sa « communauté »), l’aventure de la pluralité culturelle (émulation entre les œuvres) qui, libérant toutes les imaginations, mobilisera tous les Français dans l’invention d’un avenir commun.%%% %%% (*)  »Nous n’abordons pas dans cette présentation le problème des langues de France dites « minoritaires » (c’est-à- dire les langues étrangères minorisées ou sans statut dans leur pays d’origine – romani chib, arménien occidental, yiddish, berbères, arabes parlés-) qui, globalement, sont concernés de la même façon. Nous l’aborderons dans la discussion. »

Cet article a 52 commentaires

  1. André Cochet

    Bonjour,
    Mon avis n’a d’autre valeur que celle d’un particulier. Ayant oui dans mon enfance l’auvergnat maternel. Habitant en Aquitaine où le gascon était encore parlé à mon mariage en 1956. J’aime entendre parler, chanter ou conter en gascon. Mais dans le gascon, chantant, harmonieux, plaisant. Dont on ne comprend que quelques mots, mais cela laisse la place au rêve. Oui, trois fois oui, les langues sont le patrimoine national. Non, trois fois non, ceux qui les pratiquent et les vantent n’en sont pas les propriétaires. Ils ne sont pas, non plus propriétaires d’une région, de notre espace, de notre mode de vie. Comme tous les intégrismes, celui-ci devient odieux. Il conduit à tous les excès. Panneaux bi-lingue pour affirmer une identité qui ne représente plus qu’un fraction de la population. C’est aussi la preuve d’un renfermement, d’une radicalité qui pousse a prôner l’émergence d’une langue nouvelle sensée rassembler les parlers locaux. C’est le cas de l’occitan que l’on oppose au Gascon, au Béarnais, à l’Auvernat, au Provençal et j’en passe. Dans une société ouverte comme la notre actuellement qui en un bon demi siècle à vu les populations se mettre en mouvement actif. Ces langues locales n’ont plus de territoires, elles ne sont plus facteur d’unité, de compréhension. Il ne faut pas qu’elles deviennent des barrières, elles y perdraient leur âme. A mon simple avis d’ignare, je crois qu’elles doivent continuer à nous faire rêver. A écouter un poème, un chant, à lire un texte dans cette langue que parlaient nos grands mères ou les super ou ultra mamies, ne laisse aucun de ceux qui ont eu cette chance d’en avoir, indifférents.
    Salut.
    André COCHET Lamagnon

  2. Claude Sicre

    A M Cochet

    Merci de votre lettre. J’espère que le débat sur notre blog répondra à vos questions et vous permettra de défendre vos opinions.

    Salutations.

  3. Remèsi, du Partit Occitan

    Adiussiatz,
    Je n’adhère pas du tout à l’idée de nationalisation des langues de l’état français, au moment où la défense de ces langues rencontre un écho grandissant tant auprès du peuple occitan que de ses collectivités locales, il y a là un vrai combat d’arrière garde que de demander à un Etat de prendre en compte des langues qu’il continue de combattre. C’est de plus se faire beaucoup d’illusions au moment où il dénationalise l’ensemble de ses services publics. Vous pouvez rêver d’une République qui n’a jamais existé mais vous ne tromperez plus le peuple des pays occitans. Visca l’Euròpa, l’Autonomía e la solidaritat ! N’ayons pas peur de nous émanciper.

  4. Cedric Rousseu

    Adieussiatz,
    Personnellement étant un sang-mesclé (ariégeois par mon père, aranes et catalan par ma mère, je n’ai jamais considéré mes langues (catalan et occitan) comme des langues « de france » (d’Europe, du monde oui mais de france non), qui plus est je note une fois de plus que tu n’as toujours pas pris la peine d’ouvrir le Petit Robert pour y chercher la différence entre Etat et Nation, ce que tu nous proposes est en effet une étatisation et non une nationalisation des langues minorisées, un moyen de couper un peu plus les langues minorisées des parties de leurs territoires qui sont hors état français. Personnellement, je ne me sens pas français (ça pourrait venir si on m’en donne envie, pas si on reste dans ce système où si on ne se reconnait pas dans une histoire de « sang impur qui abreuve les sillons » on commet un crime de lèse-république) mais je ne vois pas qui je serais pour prétendre aller rendre les français « plus intelligents », Occitania a toujours été ouverte aux échanges, je suis personnellement prêt a échanger pas à me vendre, et là je ne te cache pas Claudi, que j’ai l’impression que ça sent plus le « on vend le pays a l’état français » (dans l’espoir de quoi, toucher quelques dardenas, quémander une légitimité qui nous est due (tu m’excuseras mais moi le cote patrimoine de l’etat français, du haut de mes 31 ans je me sens un peu jeune pour prendre la poussière), je n’en ai pas la réponse mais j’espère que tu feras suffisamment preuve d’honnêteté intellectuelle pour nous le dire un jour.
    Amistats

  5. Anne Brenon

    Bonjour, et merci de m’avoir fait passer ces textes. Je suis fondamentalement et absolument d’accord avec cette proposition. Enfin, ce que je sentais confusément et qui m’énervait depuis un certain temps, est clairement et magnifiquement formulé. Prête à la soutenir !
    A bientôt amitiés
    Anne Brenon

  6. Abraham Bengio

    Bonjour
    Je salue bien sûr les termes de cet entretien. Pour le reste, j’attendrais, avant de me réjouir, de savoir comment tourne cette affaire de révision constitutionnelle (tu as vu la réaction de l’Académie, qui ne perd décidément jamais une occasion de dire une sottise, et celle du Sénat…) En revanche, j’adhère avec enthousiasme à ta proposition : voilà de belle et bonne dialectique, et clairement formulée. Compte sur moi pour faire connaître ton texte, dans la modeste mesure de mes moyens !
    Cordialement
    Abraham Bengio

  7. Sèrgi Javaloyès

    Cette formulation dernière « renvoyant régionalistes autonomistes et centralistes aux extrêmes. » ? Elle me semble être du même tonneau que ceux que tu désires rejeter aux extrêmes. Méfies-toi de ce que nous propose notre violence inconsciente qui est là toujours aux aguets. Je pense à Mélenchon qui stigmatise le « complot ethniciste » (sic) et qui appartient au Grand Orient de France… No coment.
    Lo ton, Sèrgi Javaloyès

  8. C F

    Intéressant, mais ces idées soulèvent beaucoup de questions :
    Comment organiser tout cela : une ouverture à toutes les langues de France (en plus d’un enseignement de qualité de la langue du territoire habité) en plus de l’étude du Français, de l’Anglais. Comment mettre en place ces enseignements quand on voit que les heures pour les choses culturelles dans les écoles diminuent ? Est ce que cela ne va pas se traduire par quelques heures de survol des cultures de France qui ne changeront pas grand chose ? N’est-t-il pas meilleur d’approfondir la connaissance de sa propre culture et de regarder le monde (toutes les autres cultures) depuis ces bases ? Pourquoi faire connaissance plus en profondeur avec la culture Bretonne ou Flamande mais pas avec la culture Catalane seulement parce que nous somme dans le même « pays » alors que les Catalans sont nos voisins. L’échelle où se jouent les choses à l’heure actuelle n’est-elle pas l’échelle européenne ? Est ce qu’on ne va pas avouer un jour que les frontières qui nous entourent n’ont aucun sens, je pense notamment au pays Basque ou à l’Occitanie qui se retrouvent découpés entre plusieurs pays…
    Beaucoup de questions mais étant donnée la situation actuelle du pays, votre approche semble être la plus raisonnable !
    Ben coralament,
    Florenç dau Palis

  9. Claude Sicre

    A Florent Charras
    Merci de votre lettre. À vos questions je réponds :

    1. Impossible de bien comprendre la culture française sans avoir quelques notions de ce que sont la langue/culture occitane, bretonne, etc.

    2. Impossible de bien comprendre la langue/culture occitane (bretonne, etc) sans savoir quelles influences a eu sur elles la langue/culture/nation française.

    3. Il est plus facile, simple et économique d’organiser des études intelligentes (montrant ces histoires d’influences) que de monologuer dans une « culture », dont l’unité est un mythe, pour aller voir les autres après.

    4. Ce n’est pas l’Europe qui a déterminé le problème français du rapport aux langues-cultures, mais bien la monarchie et les républiques françaises. Comment guérir ce problème sans connaitre d’où vient le mal en profondeur?

    5. L’Europe est aujourd’hui celle des États, et, concernant les langues/cultures, c’est l’État qui décide, même dans les instances européennes. C’est donc lui qu’il faut transformer sur ces questions.

  10. Didier Agar

    A Claudi e al Caireforc Cultural Arnaud Bernat
    Adieusiatz !

    Sur le fond : Le président de la FELCO a preparé des commentaires sur la « nationalisation des langues » qui ont reçu l’assentiment du bureau de l’association. Ce texte devrait vous parvenir prochainement. Il ne fait pas le tour de la question mais il doit être lu comme une contribution au débat. Nous sommes tous très pris par nos activités de terrain et, bien que cela soit nécessaire, il est très difficile de prendre du temps pour approfondir la réflexion.

    Sur la forme : Beaucoup de militants culturels occitanistes se reconnaissent actuellement, à tort certainement, sous l’appellation de « régionalistes », sans pour autant d’ailleurs l’être au sens politique du terme, par manque de réflexion plus approfondie. Certes, il faut faire évoluer les choses et le travail du Forom y contribue. Mais ces militants se sentent incompris, voire même agressés, par les positions du Carrefour. L’insistance avec laquelle on leur dit qu’il n’ont rien compris est néfaste. C’est embêtant pour recueillir leur adhésion et même pour les inciter à réfléchir plus avant à la question.
    Deux choses qui me sembleraient utiles :
    – pour être mieux compris, exemplifier les idées de la « Proposition de Nationalisation » et ébaucher des mesures concrètes pour leur mise en oeuvre sur le terrain.
    – proposer une rencontre spécifique aux « grandes » associations culturelles de promotion de l’occitan (IEO, FELCO, Calandretas) pour débattre de cela.

    A lèu, coralament,
    Daidièr

  11. Claude Sicre

    À Didier Agar

    1 )Assentiment : très bien.

    2) « Manque de reflexion » dis-tu. C’est exactement :
    – a) ce que nous disons, et pourquoi, dis-tu, ils se sentent agressés
    – b) ce que nous proposons de guérir, par le lancement de ce débat

    3) « agressés »
    – a) on aime tout le monde, on reconnait le travail de tous;
    – b) le débat, c’est aussi parfois « les vexations ». La vexation c’est quand la vanité est blessée. N’y a-t-il pas beaucoup de « vanité » dans les propos occitano-régionalistes de beaucoup, depuis longtemps ? Relisons les articles, les prises de positions. Nous pouvons proposer de ressortir les vieux articles de tous et de chacun et de les mettre en ligne : gare à l’auto-vexation
    – c) c’est mieux les petits froissement d’égo dans les débats que dans les guerres civiles, non ?

    4) « embêtant pour recueillir leur adhésion »
    – a) moi je ne veux « recueillir l’adhésion » de personne : je veux faire réfléchir. Je ne vends rien, je ne revends rien, je ne revendique rien. Je ne prends pas de cotisation ;
    – b) ces militants ne sont pas « incompris », leur position tient le haut du pavé dans l’occitanisme, et pour le reste (idées générales) ils partagent souvent les clichés du plus grand nombre sur à peu près tous les sujets, sûr qu’ils sont « solidaires d’un monde équitable dans une société durable où nous serons tous citoyens à part entière dans la diversité et le respect de blablabla ») avec une profonde « francité » dont ils ne sont pas conscients (comme ils regardent le monde avec des lunettes françaises, mais qu’ils ne savent pas qu’ils en portent, et qu’ils font quelques séjours exotiques à l’étranger, ils se croient désaliénés là où ils le sont le plus). C’est notre travail qui est mal compris, par des gens qui ne vont pas lire Castan, ni Meschonnic, ni Benveniste, ni Hélias, ni etc. etc. mais qui veulent quand même parler de politique culturelle et être des intellectuels. On ne se plaint pas d’être mal compris, on le dit c’est tout. Et on travaille à être mieux compris en bousculant, on a essayé tous les autres moyens, pas de réponses. Que ces gens viennent à Larrazet en Novembre ! (journées Castan) Qu’ils viennent aux journées GFEN sur la décentralisation ! On les accueillera avec le plus grand plaisir. On les aime bien tous, quand même, mais faut pousser. Je sais que tu bouscules toi aussi souvent.
    Merci pour ta participation. A bientôt . AMISTATS.

    (Suite)
    Je relis et vois que je n’ai pas repondu à tes deux derniers points (exemplifier les idées de la « Proposition » + « proposer des rencontres concrètes ». J’ai répondu à Serge Carles qui demandaient des choses similaires. J’ai lu la contribution de Martel, je réponds.

    5) « Exemplifier »
    – a) j’espère que ce néologisme ne vient pas de l’occitan ;
    – b) oui, certes, faisons le, tous.
    – c) il y a beaucoup d’exemples à tirer de tout ce qui a déjà été écrit, même si c’était pas écrit, même si c’était pas écrit dans le concept/cadre de nationalisation (à nous de l’y mettre)
    – Suzanne Citron, pour l’histoire, (mais aussi Martel et d’autres) (voir ce que Suzanne nous répond par mail).
    – Castan, quand même, non ?
    – Et beaucoup d’écrivains/ théoriciens occitanistes (et même aussi d’ailleurs).
    – Chez nous, aussi : la Linha Imaginot, depuis 1990, ça vous dit rien ? Et perso, j’ai écrit ailleurs.

    Alors bravo Daidièr si tu as le temps argumente directement toi sur les arguments du texte.
    CS

  12. Patric Sauzet

    Bonjour,
    J’espère avoir l’occasion de dire un jour ces choses avec plus de détail et d’organisation dans l’argumentation, mais je saisis l’autorisation qui m’est donnée d’être bref.

    Je ne pense pas que l’idée de  » nationalisation de l’occitan  » soit une bonne idée. Je passe sur les connotations vieille gauche étatique du mot « nationalisation « . On pensera à la Seita finalement vendue pour être dépecée ou au Crédit Lyonnais. Certes il y a des nationalisées qui rapportent : EDF, SNCF… mais elles n’axent pas leur discours et ne centrent pas leur image sur leur caractère nationalisé. L’occitan est une langue territoriale. Ça ne veut pas dire qu’il soit exclusivement lié à la terre et réservé à d’hypothétiques  » autochtones « , né de la terre comme des champignons (chtoon : la terre). Cela signifie qu’il s’est formé en un lieu vaste dans un groupe humain (composite et ouvert bien sûr, en droit en tous cas), dans une histoire spécifique, avec des voisins (aimés et haïs) spécifiques, en relation avec un ensemble de paysages, de productions et de météorologies.

    Dans la situation catastrophique de la langue occitane aujourd’hui, l’occitanisme (comme je le comprends) lit aussi une dépossession politique. Il ne s’agit pas de tenir un discours de pures victimes, les Occitans (les élites occitanes d’abord, diversement) ont largement consenti à leur subordination. Il s’agit seulement de poser que la réaffirmation culturelle peut accompagner, précéder ou compléter, une (re)prise de responsabilité et d’ambition. Une déprovincialisation (ou une  » dérégionalisation  » si comme souvent « Région(s)  » veut dire  » Province « ). Un détail symbolique : où ailleurs qu’en France est-il imaginable qu’il y ait débat pour savoir si la tête de Jules César peut rester à Arles ou doit aller au Louvre ? Où on organise le désert et le trop plein…
    Pour l’occitan et la culture occitane, je revendique le principe (européen) de subsidiarité. Il faut une prise en compte locale par les communes etc. L’occitan comença al vilatge (mas s’i acaba pas !).. Il faut au centre du dispositif une action coordonnée (inter)régionale. Enfin l’État doit jouer aussi son rôle, d’abord en reconnaissant par la loi, et par la Constitution si possible, les  » langues régionales « . L’occitan est aussi une langue européenne une langue qui a fait (littéralement et littérairement) de l’Europe, et peut en faire encore. Je trouve totalement à contretemps et à contre-emploi le réinvestissement emphatique de la notion de Nation. Le mot a été assez innocent dans ses origines, variable et relatif (nationes, gentes, ethnoi, goyim), du moins il désignait plutôt les autres (ce qui n’était pas, ceux qui n’étaient pas le populus politique justement (et donc romain) : les barbares). La Nation s’est absolutisé en désignant une articulation exclusive du politique et du culturel (dans la version  » française  » par assimilation, dans la version  » allemande  » par unification et éventuellement expansion).
    Tout l’enjeu est de faire une constructio politique complexe, comportant des appartenances étagées, politique et culturelles, et pas d’absolutisation ou de fanatisation sur un niveau (occitan, gascon ou français, ou européen…) Un des risques de la nationalisation, comme de toute la citoyenneté  » à la Française  » est de dispenser de s’occuper nous même (aussi) de notre langue. Si c’est nationalisé on peut déchirer les banquettes et laisser traîner des papiers gras, l’Etat s’en occupera. On peut dire  » le patois se perd  » (tout seul…) mais l’Ecole de la République et le Ministère de la Culture (et pourquoi pas l’Académise française…) vont le sauver pour nous. La citoyenneté et le civisme ce n’est pas seulement envoyer un député à Paris ou voter (mal) à un référendum. C’est gérer ses affaires, sa ville, sa région, sa langue. En començar per la parlar e l’escriure, çò qu’ai benlèu agut lo tòrt de far pas per un còp. Mer permeti de jónherla responsa que faguèri ieu…

    PS : apondque lo tèrme « lengas indigènas » endefòra del « private joke » d’autoderision, es insuportable…

    Amistats Patric Sauzet

  13. Lise Benard

    Bonjour,
    Ravie de voir que le Forom a été une réussite, (j’en ai eu de bons échos) et ces belles avancées, pourvu qu’elles se poursuivent !
    Je trouve la proposition très bien pour ma part. La seule petite chose à la limite que je trouverais intéressant de mettre en annexe, serait votre point de vue sur comment pourrait être envisagée cette éducation aux langues et cultures de France et quelles langues/cultures ça concerne. (des exemples en somme). En fait, je voulais voir comment vous envisagiez la chose en pratique, parce que c’est une question très intéressante qui laisse ouvertes un grand nombre de possibilités. C’est une proposition qu’il serait finalement tout aussi délicat de mettre en place qu’il est aujourd’hui de la défendre. En imaginant comment ça pourrait être envisagé, je me suis mise à penser à ce qui a été tenté en Grande Bretagne dans le cadre des programmes scolaires visant à lutter contre le racisme. Ils ont mis en place des cours avec des intervenants spéciaux qui parlaient de ce qui fait la richesse de la Grande Bretagne, à savoir sa diversité, et donc parlaient des différentes minorités ethniques, leurs religions, traditions, histoire, etc… Au delà du côté forcément un peu caricatural de ces enseignements, je trouvais ça assez intéressant. Les établissements scolaires ont développé différentes actions selon leur spécificités et leur situation vis à vis de cette question, en faisant travailler les élèves sur des exposés, des sorties,… Bref, c’est une question qui m’intéresse, alors si vous avez des éléments de réponse, des points de vue, des exemples, j’aime bien allier la théorie à une idée de ce que ça pourrait être « en pratique ».
    Voila voila,

    A bientôt cet été, Toulouse me manque un peu…
    Lise Benard

  14. JC Drouilhet

    J’ai lu attentivement les textes joints et j’adhère totalement à cette idée géniale et généreuse d’une nationalisation des langues de France. J’assistai l’an dernier au Forom et j’ai entendu pour la première fois Claude Sicre développer cette idée. J’ai été tout de suite convaincu. Telle est en effet la solution et il faut la faire connaître. J’ai été consterné aujourd’hui d’apprendre que le Sénat venait de rejeter la décision de l’Assemblée nationale. J’ai aussi entendu les élucubrations du sénateur Mélenchon. Enfin l’Académie française, cette police de la langue, s’est montrée égale à elle-même. Il y a encore une épaisse gangue autour de cette idée-pépite et pas mal de boulot pour la dégager. Mais on y arrivera, macarèl !
    Bon courage à nous tous…
    JC Drouilhet

  15. Suzanne Citron

    Oui l’interview de C. Albanel est une véritable avancée. Oui l’idée d’une nationalisation pluriculturelle et plurilingue est une piste à suivre et à discuter par et avec TOUS ceux qui sont concernés par les langues de France.
    Mais quid de la nouvelle situation créée par la position négative du Sénat et la grotesque intervention “unanime” de l’Académie française sue l’unité menacée ?
    ALLEZ-VOUS PROTESTER ???

    Amitiés à tous
    Suzanne Citron

  16. Sèrgi Carles

    Amics cars,
    Je ne peux pas répondre longuement comme il le faudrait, devant partir demain matin. Le textes « les conséquences d’un choix » représente une explicitation supplémentaire tout à fait intéressante de la « nationalisation ». Mon questionnement : Comment faire avancer ces idées ou du moins le débat nécessaire autour de ces idées dans les principales composantes de la m ouvance occitane, notamment IEO, FELCO, Calandretas sans exclure personne d’autre d’ailleurs. Leur faire parvenir ces textes et leur demander de ce positionner, on l’a vu, ne suffit pas. Le Carrefour devrait-il réfléchir à organiser une journée de débat préparée avec ces partenaires, recherchant avec eux les modalités ? C’est à la fois nécessaire tant sont nombreux les faux procés de ces MM. Mélanchons et autres et aussi difficile dans les calendriers des uns et des autres. Mais cela nous serait certainement utile dans le débat national qui est bien là actuellement avec l’amendement de la constitution.

    Sèrgi Carles

  17. Jean-Jacques

    Salut Claude,
    Si j’ai bien compris le sens que tu donnes au terme « nationaliser » les langues de France, c’est ce qu’ont proposé et voté à l’unanimité moins une voix les députés, or les sénateurs ont rejeté cette proposition, ce qui entraine sa reformulation et modifie sa place dans la bible de la nation qu’est la constitution. Comment réagis-tu à ce refus? Quand au vieux débat Nation – Région il me parait obsolète ou seulement le fait de gens d’un bord comme de l’autre, paranoiaques et déraisonnables. Qui peut encore croire que la reconnaissance des langues « indigènes », va porter atteinte à l’unité nationale ou que la France pourrait devenir une république fédérale ?
    Peu importe que l’occitan, le breton, l’alsacien etc…soient nationaux ou régionaux, ce qui me parait le plus important c’est qu’ils soient enseignés, pratiqués, parlés et qu’ils prennent leur place légitime dans la vie quotidienne. Qu’est d’ailleurs devenu le terme « Langue de france » qui semblait avoir la côte il y a peu, il me parait être tout à fait « national ».

    Bien amicalement
    Jean-Jacques

  18. Dominique Billy

    Bonsoir,
    Sur votre proposition riche d’éléments qui ne peut que contribuer à faire avancer les choses, il me semble qu’il serait plus efficace de mettre en sous-titre quelque chose comme : « Une troisième voie? »

    Je modifierai certaines tournures : ainsi dans le premier alinéa « pour faire que l’État se désengage » > « amener l’Etat à se désengager » (ce n’est pas qu’une question de style) ;
    je préférerai « de façon indélébile » à l’adverbe qui offense mon oreille (broutille certes…).
    De façon générale j’atténuerai le ton car un lecteur braqué est un lecteur perdu. Mais à vrai dire tout dépend du « lectorat » que vous visez.

    Avec mes plus cordiales salutations,
    Dominique Billy

  19. Claude Sicre

    M. Billy,
    Merci de votre courriel, de vos encouragements et de vos remarques

    – « 3e voie » : nous reprendrons cette idée. D’accord pour « amener l’État ».
    – D’accord pour « de façon ».
    – Atténuer le ton, j’hésite : à force d’atténuer pour faire plaisir à l’un ou l’autre, la question ne se tranche jamais, et les débats deviennent parfois très violents tout à fait hors de propos. Certains qui, autour de moi, me conseillent d’être moins vif ne se souviennent pas qu’eux-mêmes ne m’ont écouté, et entendu, que quand j’étais vif.
    Mais vous avez peut-être raison, à partir de maintenant.

    Salutations rengraçantes.
    CS

  20. N. Dupuis

    Bonjour monsieur,
    Votre courriel a retenu toute mon attention ; je transmets au Felibrige, qui de son côté a réagi vivement et à sa façon, à la défense de nos langues et cultures de France, sujet qui nous tient particulièrement à cœur.

    M.N. Dupuis,
    Sendi Felibrige de Lengadò

  21. Silvan Chabaud

    Le bonjour à toutes et à tous du côté de Toulouse !
    Je suis à 200 pour cent d’accord avec cette pensée et cette vision des choses, c’est exactement notre axe avec Mauresca fracàs dub, depuis presque 10 ans de barrutlatges et sound system, d’écriture et de créations,
    je fais tourner le mail et la reflexion, qui mérite, c’est sûr, un écho bien plus large !
    Chab.

  22. Frédéric Callens

    Cher Claude,
    Je suis vraiment très enthousiaste pour cette idée que tu défends reprise par la Ministre. Je crois en effet que cette manière de revisiter ce sujet en faisant des langues ce qui fait « lien » entre tous les français (avec cette volonté de « nationaliser ») et en articulant enfin la question de l’unité avec celle de la pluralité correspond à une réalité, celle de la France d’aujourd’hui. Surtout, ce regard sur les langues permet de renvoyer aux extrêmes les « extrémistes » sur ce sujet qui avait de fait confisqué ce sujet.

    En revanche, la position de l’Acdamie Française et celle du Sénat doit nous inciter à la prudence. Le combat n’est pas gagné mais il mérite d’être engagé.

    A bientôt
    Frédéric Callens

  23. Christian Tremblay

    Bonsoir,
    Bravo ! Vous exprimez à la perfection ce que l’Observatoire européen du plurilinguisme a voulu dire dans la Charte européenne du plurilinguisme dans l’article consacré aux langues régionales et minoritaires. Le plurilinguisme ne se divise pas !
    Au plaisir..
    Christian Tremblay, Président de l’OEP

  24. Gisèle Biémouret

    Monsieur,
    Vous avez souhaité attirer mon attention concernant la décision du Sénat de supprimer l’inscription de la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Déplorant le conservatisme exacerbé de la majorité des sénateurs, j’étudierai attentivement le projet d’un amendement, présenté par des collègues, pour contrer cette suppression, lors de la deuxième lecture du texte sur la réforme des institutions et rétablir le principe de la reconnaissance de nos langues régionales.
    Mercredi dernier, la majorité des sénateurs UMP avec d’autres élus de la « Haute-Assemblée », ont décidé d’adopter l’amendement supprimant la référence aux langues régionales, ajoutée au texte, à la quasi-unanimité, par les députés. Croyez bien que je regrette sincèrement leur décision ainsi que le commentaire inadapté de certains membres de l’Académie française sur notre initiative tant attendue par une majorité de nos concitoyens.

    Restant à votre disposition, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur, mes sincères salutations.

    Gisèle BIEMOURET
    Députée, Vice-présidente du Conseil Général

  25. Eddy Schepens

    Bonjour aux amis de la Linha Imaginot,
    Bravo pour cette belle position… Je vous soutiens de tout cœur dans votre démarche. On a toujours besoin d’une utopie porteuse : cette idée si bien exprimée ici n’est pas qu’utopique, précisément. Belle leçon, en effet, aux chapelles diverses, cher Claude Sicre…

    Très cordialement,
    Eddy Schepens Prof au Conservatoire Sup de Lyon et au Cefedem Rhône-Alpes

  26. Méryl Marchetti

    Car Claudì,
    Tout d’abord je n’ai pas partagé l’enthousiasme de beaucoup pour la formulation « les langues régionales etc… » proposée comme modification à la constitution.

    1) L’idéologie centraliste qui dit : « Une France une politiquement et culturellement une » traverse toute la constitution, et ce depuis l’article 2.

    2) Nous, nous disons « politiquement une et culturellement plurielle ». Là où le centralisme, par exemple, confond en Paris capitale politique et capitale culturelle, nous défendons Paris capitale politique mais Marseille, Toulouse, Strasbourg, Pointe-à-Pitre, Lyon etc… ont vocation elles aussi à être des capitales culturelles.

    3) La formulation langue « régionale » confirme l’article 2 en inventant une hiérarchie des langues que toute la linguistique conteste. Cette formulation est l’arme la plus efficace de nos adversaires. Sans le savoir le Sénat nous a mieux défendu que nous. Une langue est une langue, tout court pas d’adjectif, et chaque fois qu’un homme parle il parle une langue (pas d’adjectif.) Ensuite je défends ta proposition de nationalisation des langues de France. C’est parce que les oeuvres réalisées dans les langues/cultures de France ont dû critiquer l’unitarisme pour s’affirmer qu’elles ont finalement synthétisé contre lui (par exemple la littérature en langue occitane) une analyse et des pratiques. Or en France l’absence de pôles de débats, de capitales culturelles est telle qu’on en vient à croire à « un degré neutre de la pensée » ou se plaindre d' »une pensée unique ». Dès lors une diffusion et critique à échelle nationale de ces oeuvres qui questionnent les pratiques et l’idéologie centraliste, pluralise notre histoire et par le jeu des tendances et confrontations remet en recherche la France.

    Enfin je défends aussi la « Déclaration des devoirs envers les langues et le langage » de Henri Meschonnic, et je pense :

    1) qu’il faut y accentuer l’analyse de ce qu’est un poème :
    – a) dans sa continuité avec les discours dits « quotidiens »; il y a poème chaque fois que par notre discours nous nous inventons parce qu’il fait plus que nous ne savons en dire, bref suggère; chaque fois que le sujet s’invente, et donc nous invente, en tant que sujet; et cette situation de création dans le discours se rencontre au quotidien.
    – b) le poète publie des poèmes : des discours qui font entendre ce qu’est un poème, chaque fois qu’on en rencontre.
    – c) l’enjeu étant de faire entendre en réponse à l’extraordinaire inutilité du poète pour l’idéologie, que ce qu’une société fait du poème dit ce qu’elle fait du sujet.

    2) qu’il faut nous associer par exemple à la Biennale Internationale des Poètes, aux Rencontres Internationales des Ateliers d’Ecriture du GFEN, au Centre International de Recherches Transartistiques d’Uzeste, au Centre International de Poésie de Marseille, qui ne sont jamais appelés en soutien par les autres associations militant pour les langues, pour faire entendre cette déclaration et dans les réseaux liés à la création/les bruits parasites/le pédagogique/les perturbations pas propres & incontenables/l’artistique et auprès de l’UNESCO.

    3) qu’il faut que nous travaillions avec des juristes (ce que tu tentes déjà de faire) pour cultiver le sujet juridique de ce discours d’une culture juridique plus pointue plus historique donc plus critique, donc plus à même d’être entendu par les juristes de l’UNESCO.

    4) à une dernière proposition : je pense que la publication d’un livre réunissant ces deux propositions (« Nationalisation des langues »… et « Devoirs envers les langues »…) avec une préface coécrite par Ducom, Javaloyès, Sicre, Labatut, qui serait particulièrement bien diffusé par un éditeur (un peu comme « Quand les murs tombent » de Glissant-Chamoiseau) à un prix bas et en mettant le paquet sur la presse, permettrait de nous faire entendre nationalement. (Zaza est d’accord d’ailleurs.)

    Dab mis Amistats,
    Méryl Marchetti

  27. Jo Nousse

    Moien alleguer, bon dia a tots, (especialament à Claudi)
    Voici quelques réactions au rebond de votre initiative :

    * Je ne crois pas et n’ai jamais cru en une quelconque « intuition du peuple français » (ni d’aucun peuple d’ailleurs !). Cf ladite intuition dudit peuple pendant l’Occupation !…

    * Je constate que la Ministre de la culture de ce gouvernement pitoyable parle bien mieux que nous-vous (je mets un trait d’union bien sûr).

    * Etymologiquement, je n’aime pas le mot « nationalisation » : je préfère de loin « *intégration dans le service public français* ». (* Gardons-nous bien de nier plus avant l’environnement transfrontalier et européen de bien des langues (catalan et francique notamment).

    * Nous avons raison de mettre sur un pied d’égalité toutes les langues et de n’en rejeter aucune quel que soit son statut – ou son non-statut ! –

    * Je n’aime pas les listes de hit-parade des seventies qui oublient systématiquement le francique et autres langues amies….

    Frëndléch-coralament.
    Jo Nousse (Réseau 3R & chanteur de MANNIJO)

  28. Claude Sicre

    À Jo Nousse

    1. Le terme de « nationalisation » m’a été soufflé, en plaisantant, par B. Cerquiligni, alors que je parlais de « généralisation à toute la France d’une éducation aux langues/cultures de France ». Je l’ai repris sérieusement parce que, justement, il fait référence à une démarche politique volontaire d’ « intégration dans le service public français » comme tu dis si bien. Je pense qu’il faut garder les deux. « Nationalisation » pour frapper et faire réfléchir, « intégration etc. » pour expliquer. Si tu en es d’accord, je reprendrai ta formule.

    2. Tu as bien raison de réagir contre l’oubli de « francique » et « autres langues amies ». Au Forom, on n’oublie pas souvent, mais tu connais le débat, ouvrons-le plus à cette occasion.

    Merci encore.
    CS

  29. Philippe Emery

    C’est très bien mais va falloir expliquer tout ça aux sénateurs qui n’ont pas compris apparemment. Et accessoirement à l’Académie française.
    Philippe Emery

  30. Laurent Sinturel

    Bravo au carrefour culturel Arnaud Bernard et à Claude Sicre pour ce travail de synthèse, clair précis que tous les Français pourront comprendre. Je vais de ce pas, le faire circuler à un maximum de personnes qui, elles mêmes pourront l’envoyer à d’autres. Souhaitons que ce travail d’analyse soit l’une des pierres futures qui feront de notre pays une nation plurielle, heureuse et intelligente. Voilà, la VRAIE rupture dont la France a besoin !

    PS : Vous avez trouvé les mots pour le dire, grâce à Jésus Sicre champion des anti-cuistres.

    Amistats
    Laurent Sinturel

  31. Pieretta Sakellariou

    Bonjour à vous, merci pour votre réflexion dont je relève surtout ce qui est souligné :
    […] Les uns nient, au nom de l’unité nationale, toute pluralité culturelle interne (vantant la « diversité » pour le reste du monde) ; les autres, au nom de la « diversité » culturelle, en viennent à remettre en cause la solidarité nationale. Les uns et les autres ont quelques chose en commun : ils confondent l’ordre culturel et l’ordre politique (« une nation, une langue ») (comme autrefois « un royaume, une religion »), et savent si peu ce que la langue est à la pensée qu’ils placent la culture et les oeuvres derrière la langue de communication.

    Je ne peux qu’être d’accord entre autres avec l’idée qu’une langue excède la « communication ». Et pour extrapoler, aucune langue au monde (hormis celles qui sont fabriquées de toutes pièces et, dans ce sens, ne peuvent pas se prétendre langues) ne peut être considérée comme minoritaire selon un critère qui serait celui du nombre, sous prétexte qu’elle ne serve de « communication » qu’à très peu. Ceci pourrait peut-être éclairer par ailleurs certains rapports -souvent étroits-, qu’entretient le « régionalisme » avec ce que l’on appelle « minorité »…

    Cordialement,
    Pieretta Sakellariou, membre CA d’Horizons grecs

  32. Virginie Borgeaud Bigot

    Vous avez raison, vous pouvez compter sur mon soutien. Amitiés.

  33. Elisabeth Coulouma

    Adissiatz los fabulous,
    je suis assez d’accord avec votre 3e proposition. Mais pour « nationaliser  » les différentes langues indigènes, encore faut-il en reconnaitre l’existence dans la Constitution, ce que le sénat, me semble-t-il, vient de rejeter…
    Coralament,
    Elisabeth Coulouma, Montpellier

  34. Charles de Courson

    Monsieur,
    J’ai pris connaissance du courriel que vous avez bien voulu m’adresser concernant les langues régionales, et vous en remercie. Je tiens à vous assurer de tout l’intérêt que j’y porte. Les remarques notifiées dans ce dernier ont d’ailleurs retenu toute mon attention. Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

    Charles de Courson

  35. Gérard Onesta

    Salut Claude,
    J’ai lu (comme toujours) avec beaucoup d’intérêt ta/votre prose. Je me méfie des annonces ministérielles, car je ne suis pas prêt à croire sur parole une classe politique qui a prouvé, depuis trop de siècles, plus sa capacité à formater qu’à émanciper. Je suis par contre, tu le sais, toujours favorable par nature quand on essaie de secouer le cocotier des certitudes. Comme toi, je suis persuadé que le réveil de la multi-culturalité enfouie est une richesse dont on n’a pas le droit de priver un être humain. En ce sens, la parité et le métissage assumés des cultures m’apparaissent comme les fondements d’une société plus saine, moins violente, et – pour tout dire – plus savoureuse… Il faudra dire aux enfants les sources plurielles de leur(s) langue(s), mais aussi de leur(s) histoire(s), car les frontières qu’on nous présentent comme intangibles sont dérisoires au regard de la véridique complexité fluctuante de l’Histoire. En ce sens, je ne partage donc pas la fascination (que je crois lire dans tes lignes) pour une « Frânce » nouvelle politiquement unie. L’humble militant transnational que je suis, pense de plus en plus que « l’hexagonite » est une maladie infantile. Toutes les conventions théoriques étatiques forgées dans la contrainte et habillées par la suite d’un manteau de vertu, me semblent souvent pathétiques. L’Humanité crève sous le poids des drapeaux fictifs et ensanglantés. Je veux voir l’Autre tel qu’il est, sans schéma préétabli. Et l’Autre se révèle, du coup, souvent en moi-même. …/…

    Voilà, j’ai fais court, donc confus et frustrant. Je te laisse trier.
    Très amicalement,
    Gérard Onesta.

    PS : Sarko a parlé aujourd’hui devant moi dans l’hémicycle de Strasbourg de l’importance de la diversité des cultures. Dans sa bouche, je ne sais pas ce que ça veut dire. D’ailleurs je ne sais même pas si ça veut dire quelque chose.

  36. Adrien Zeller

    Communiqué de presse :

    Ainsi donc l’Académie française, qui n’est pas le législateur, ni le constituant, s’oppose à l’inscription dans la constitution, des langues régionales comme « patrimoine de la nation », au motif que cette décision porterait atteinte à l’unité de la nation à la la place du français, langue de la République, et diviserait les français.
    J’ai beaucoup de respect pour Madame Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire Perpetuel. Je me permets de lui faire remarquer que les langues régionales, si elles sont défendues et promues avec intelligence, ne divisent pas, mais enrichissent la nation et notre communauté. Qui peut le nier ? En quoi porter , sur une plaque de rue, à côté de la langue nationale, la dénomination en langue régionale, est-ce diviser ? En quoi l’utilisation des langues régionales à la télévision régionale, avec sous-titrage dans la langue nationale ou réciproquement, est-ce un facteur de division ? En quoi promouvoir, à l’école, la connaissance et la valorisation des langues régionales à côté de la langue nationale, est-ce diviser ? Et l’alsacien qui donne un accès facile à l’allemand, deuxième langue d’Europe après l’anglais, constitue de ce fait un facteur d’ouverture et de rayonnement de la France vers l’Europe Centrale. Non, je ne puis pas être d’accord avec cette vision réductrice. Unité n’est pas uniformité. L’unité et l’appartenance se renforce quand la diversité est reconnue. Personne n’a dit qu’il fallait que les circulaires ministérielles soient écrites en langue régionale. Oui pourquoi toujours voir des oppositions, pourquoi cette restriction ? On peut encore mieux servir la France, son unité, ses intérêts en reconnaissant clairement ce qui fait la richesse, ses traditions, son histoire et la réalité de ses territoires. Les alsaciens sont, dans leur immensse majorité, et il savent pourquoi, attachés tant à l’unité nationale et à la langue française qu’à la reconnaissance de leur identité régionale dont la langue constitue le soubassement naturel.

    Adrien Zeller,
    Ancien Ministre Président du Conseil Régional Alsace

  37. Rémy Pech

    C’est bien mais les sénateurs au contraire bloquent les évolutions…
    N’empêche : bravo et continuez !
    Rémy Pech

  38. Daniel Périssé

    La nationalisation des langues est une imposture issue d’un esprit nationaliste français… Veuillez ne pas m’informer de ce genres d’initiatives qui travaille à vouloir priver les peuples de leur propre destin.
    Merci.

  39. Joan-Pau Verdier

    Salut Claude et salut à tous au Forom,
    Je suis d’accord avec vos propositions en me méfiant toutefois du mot  » nationalisation » à moins qu’il ne signifie  » intégration totale dans le service public du pays ».
    Je constate toutefois qu’après le rejet par le Sénat d’inscrire les langues régionales dans l’article 2 de la Constitution, on est entrain de nous le caser à l’article 72 sur les Collectivité Territoriales, ce qui laisserait à penser qu’encore une fois l’Etat se désengage et demande aux régions de trouver le financement de tout cela.
    Voilà, à part ces restrictions, je soutiens complètement vos positions.

    Amistats
    Joan-Pau Verdier

  40. Laurenç

    Adieu-siatz,
    Ensagèri de comprene la vòstra « proposition de nationalisation des langues de France », e reconeissi qu’o capitèri pas vertadierament. Pretendre que los jacobinistas e los que lutan contra lo jacobinisma se valon, aquò’s una mena de viroleta intelectuala fòrça biaissuda. Darrièr tot aquò, se pòt pasmens destriar una ràbia contra lo moviment occitanista que fa soscar.
    Vòli apondre mon vejaire, en fasent qualques remarcas : En çò vòstre l’occitan es gaireben completament absent. Quina evidéncia ! De segur, se pòt trapar qualques mòts : « escambiar », « capitada », « forom », que pareisson aici mai que mai per balhar una garantida d’autenticitat locala, coma d’unas ensenhas fachas per trapar lo torista (ex : lou paradou du cigalou). De segur, ne’n parlatz plan de las lengas minorizadas, que la lor mission : « est justement de guérir la France de sa maladie centraliste/unitariste, en tournant contre cette maladie les valeurs républicaines que la France leur a apprises et en les re-inventant », mas sempre en francès dins lo texte. E la lenga, ont es passada ? Es venguda virtuala, una lenga caucion qu’òm se’n pòt reclamar sens ne pas jamai usar. Cal dire que ne fasetz a prepaus de la lenga, de las lengas, mantunas lengas… Quant ? 80 al forom, mai encara ? Aquò rapela las 75 o 79 lengas officialament recensadas pel ministèri. Un patrimòni aital ! Lo mai se’n pòt trapar… Solide que per comunicar ren val pas lo francès. Quicòm mai fa pensament : la tiera dels vòstres sostens. L’Albanèla la primièra, polida mairina la ministra, afogada de la diversitat que parla de las « culturas-lengas » amb gaireben tant d’estambòrd coma vos… Encara qu’aquò l’empachèt pas de declarar lo 7 de mai a l’Assemblada : « La ratification de la Charte [de las lengas regionalas] implique la reconnaissance, qui n’est pas seulement symbolique, d’un droit imprescriptible de parler une langue régionale, notamment dans la sphère publique. Ce droit, qui figure explicitement dans son préambule, est, comme l’a souligné le Conseil [constitutional], contraire à des principes constitutionnels aussi fondamentaux que l’indivisibilité de la République, l’égalité devant la loi et l’unité du peuple français. » Quand ven serios, òm torna lèu als fondamentals.

    Avetz tamben ganhadas las felicitacions del president de l’OEP (« Bravo ! Vous exprimez à la perfection ce que l’Observatoire européen du plurilinguisme a voulu dire dans la Charte européenne du plurilinguisme dans l’article consacré aux langues régionales et minoritaires. Le plurilinguisme ne se divise pas ! »), sul siti del qual se pòt trapar aquela craca de las grandas : « La France déploie une action multiforme pour la sauvegarde et la promotion de la diversité culturelle dans le monde. Dirigée afin d’assurer la sauvegarde et la promition (sic) de la langue et des cultures francophones, son action bénéficie également à d’autres langues et cultures notamment dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel. »
    Causissètz plan los vòstres amics : solide que peson mai que los occitanistas peluts. Vos podetz ben trufar dels « cacaracàs subventionats ». Creguèri un brieu que la conclusion fumosa del libret del forom pòdia estre sonque de second gra : « … d’autres questions seront abordées : (…) la géo-politique culturelle du monde – Comment penser l’altérité ? Comment opposer, à la notion totalitaire de « diversité culturelle », la pratique de la pluralité ? -, LA PENSÉE DE CE QUE C’EST QUE PENSER (es ieu que boti las majusculas) – une bataille perpétuelle, à la fois politique et éthique, contre les idées reçues dont nous sommes tous les victimes ». Mas non, era pas que de soscadissa farlabicada, çò que deguèt fòrça agradar al ministèri de la cultura : darrièr tot aquel fum, l’aleujança al monopòli del francès.

    Coralament, Laurenç

  41. Marylise Lebranchu

    Merci de cette analyse, le mois de juillet a été chargé et je ne réussis qu’aujourd’hui à répondre aux courriels de la deuxième semaine.
    Je trouve votre approche intéressante et à développer même si je ne me fais pas d’illusions sur les moyens d’approcher sur tout le territoire les langues de tous.
    La ministre nous a promis une loi, il serait intéressant donc que nous reprenions contact alors . En tous les cas, je reprends cette façon de voir , pourriez vous me dire si vous avez un document ?
    M Lebranchu

  42. Message de soutien aux écoles maternelles bretonnes menacées : … à l’école, la République a le devoir d’apprendre aux enfants la langue de leur pays. Le breton devrait être appris en Bretagne dans toutes les écoles et établissements du système éducatif. Et avoir une formation des maîtres appropriée à cet enseignement. Les langues régionales font partie du patrimoine de l’Humanité. Nous soutenons votre cause car elle est juste. Nous soutenons les enfants, les parents et leurs enseignants dans leur action de faire vivre leur école à Merville. C’est ce combat pacifique que nous menons, en Occitanie nous aussi, pour notre langue et notre culture, en promouvant une république au service du peuple des pays d’Oc.

    Per le Govern Provisori Occitan : Miquèu Aguilèra http://www.gpo.identitat-d-oc.net

  43. Edmond Simeoni

    Chers amis,
    Les palinodies et subtilités de Madame Aubanel prêtent à sourire, du moins en Corse; les « langues régionales » ont été, depuis deux siècles, systématiquement combattues et déracinées par l’Etat français, centré historiquement sur l’homogénéisation linguistique de son territoire ; l’inclusion dans la Constitution du « français, langue de la République » n’avait d’autre but que la défense du pré-carré français et la justification du refus de signer la « Charte européenne des langues minoritaires ». Les contorsions actuelles ne peuvent masquer la position rétrograde de la France en Europe et dans le monde, dans ce domine spécifique ; la langue anglaise caracole en tête avec 1 300 000 000 locuteurs et la France est au-dessous du chiffre de 300 000 000 ; Madame Aubanel ferait mieux de s’intéresser aux véritables raisons de ce décalage abyssal et de chercher les moyens d’y remédier au lieu de camper sur des attitudes figées que rien ne justifie si ce n’est la crainte obsidionale, infondée et sotte, de la disparition de la France et de sa culture. Les langues minorées n’ont pas d’autres chemins que lutte déterminée, coordonnée et solidaire, pour faire reconnaître leurs droits linguistiques et arracher l’un des attributs majeurs de leur identité.

    Cordialement,
    Dr Edmond Simeoni

  44. Mitu Grosu

    En Réponse à votre proposition de Nationalisation.
    A mon avis, l’occitan, après l’établissement d’une langue littéraire unique, doit devenir l’une des deux langues officielles de la France et par conséquent son introduction dans l’enseignement (primaire, secondaire et universitaire) doit devenir obligatoire. Il faut arriver, avec le temps, à une situation similaire à celle de la Suisse car, comme disait Villemain, il y a plus de cent ans, dans son discours de littérature à la Sorbonne : « La France est assez riche pour avoir deux littératures », et par conséquent deux grandes langues de culture : le français et l’occitan.
    L’occitan, étant donné son passé et son étendue, doit devenir langue commune de tout le territoire de la République, au même titre que le français.
    A cet effet, de nombreux occitans doivent réapprendre leur langue, ou comme disait l’ancien Président du Conseil des Ministres, Edouard Daladier, né à Carpentras, en Provence : « Et li que l’an desoubliada, la lengua, faudra que la reaprengan ».
    En même temps, les français, c’est à dire les gens du Nord, doivent faire un effort considérable pour apprendre la langue de leurs concitoyens, ce qui n’est pas facile, mais réalisable. De cette manière, par la renaissance de l’occitan, la culture de la France, d’abord, et de la culture universelle, ensuite, s’enrichiront considérablement.

    Mitu Grosu,
    (Hamator, Jérusalem, 1987)

  45. Dominique C

    Etant née à Paris, j’avoue que ma sympathie pour les langues régionales repose sur des bases personnelles. Dans les années 60, l’italien qu’on m’a enseigné au collège n’était pas encore en train de devenir secondaire et accessoire (c’est pourtant un peu le cas de nos jours). L’italien, que je n’avais jamais entendu parler avant l’âge de 11 ans, était pourtant une des langues de mes —_racines_– puisque c’était celle de mon arrière grand-père paternel! Mais déjà mon grand-père ne la parlait pas…

    Ayant rejoint la Charente au milieu des années 70, j’ai eu le plaisir de constater que mon mari comprenait le Picto-Saintongeais (langue d’oïl), qu’il avait utilisé dans son enfance avec des petits camarades. Mais dans l’exercice de ma profession d’institutrice rurale, j’ai vu que souvent, les familles d’extraction populaire réprimandaient leurs enfants quand ceux-ci utilisaient des bribes de cette langue (bribes provenant évidemment du milieu familial lui-même!).

    Je pense qu’on peut faire un parallèle entre la perte de diversité biologique et la perte de diversité culturelle. Pour protéger la diversité du vivant, on essaie de créer des sortes de « sanctuaires » tels les parcs nationaux etc… Alors en effet, pourquoi ne pas manifester la même volonté de valoriser la diversité en matière linguistique, donc ces langues de racines que sont les langues régionales?
    Cependant, on se heurte à quelques obstacles, et les Cassandres qui nous prédisent une perte de cohésion, qui soulignent le risque d’un émiettement culturel, soulèvent un problème non négligeable. Sauver, valoriser, développer les langues régionales apparait difficile à réaliser compte tenu de l’effort qui est demandé aux élèves (ainsi qu’à divers citoyens adultes):

    1) apprendre à maîtriser la langue nationale (le français)
    2) sacrifier à l’obligation (présentée comme une « nécessité » absolue) de pratiquer l’incontournable anglais
    3) s’initier ou apprendre le plus complètement possible une… ou deux autres langues étrangères.

    Peu de gens se demandent: ce projet ambitieux est-il vraiment nécessaire? Si oui, est-il réalisable?
    Quelle peut être la place des langues régionales dans ce que certains qualifient pourtant de « surenchère délirante »?

    J’ai tendance, pour ma part, à penser que l’obligation d’anglais, loin d’être une –garantie– d’intégration citoyenne au niveau européen et mondial, est un véritable leurre (au sens original et littéral de piège, d’appeau). Cette langue n’a obtenu son statut actuel qu’à la suite de circonstances historiques, et si la façon dont elle nous est imposée est plus «  »douce » et subtile que ne le fut le français au XIX siècle, elle n’en représente pas moins une certaine violence.
    Je doute très fortement qu’elle soit enseignée pour le « bien » des citoyens, à mes yeux il s’agit plutôt de diffuser un outil servant à donner des ordres à des employés, à vendre des produits culturels (musique, films etc…), à faciliter les flux de marchandises et d’idées qui vont toujours dans le même sens: du « centre » de l’Empire vers la périphérie… Et le fait que le « centre » (le monde anglo-saxon) soit en train de s’affaiblir et que naissent d’autres « pôles d’attraction » n’y change pas grand-chose, parce que le clivage ne passe –pas— qu’entre des territoires géographies, mais aussi entre des « territoires sociaux » si j’ose dire. Les langues qui sont négligées, dévalorisées, étouffées… le sont aussi parce qu’elles sont (ou étaient) les langues des classes laborieuses.

    Imaginons qu’on puisse se libérer (au début: partiellement) de cette « obligation » d’anglais, dévoreuse d’argent, de temps, et d’énergie, en même temps qu’elle entraîne des conséquences criticables (déficit de démocratie au profit des classes aisées)…
    Alors, on libèrerait du temps pour valoriser et développper les langues des terroirs.

    Je termine simplement en posant cette question: quelle est la seule alternative viable à l’anglais???

  46. Carrefour Culturel Arnaud-Bernard

    Message par téléphonne de Erik Orsenna le 4 mars 2009 : « J’ai lu vos propositions ; c’est de très haut niveau ».

  47. Jean-Marc Buge

    A travers le débat sur la nationalisation des langues en France, c’est certainement une conception de la République et plus généralement de la démocratie qui est en jeu.. Les langues parlées par un individu sont sûrement, avec sa sexualité et ses éventuels handicaps, un des éléments fondamentaux de son identité vis-à-vis de la société dans laquelle il vit. Aussi le débat sur la démocratie ne peut oculter le sujet.
    Jusqu’à maintenant la République française a longuement éviter la question des langues avant de privilégier exclusivement le français dans sa constitution. Puis sous la pression elle a dû aborder la pluralité des langues. Pour ce faire elle a créé le concept de « langue régionale ». Malheureusement ce terme est vide de sens. Les « langues régionales » n’existent pas puisque les Régions françaises ont été créées dans le courant du XXe siècle et qu’à ce jour aucune d’entre elles n’a créé de langue. De plus la constitution français a introduit le terme « langues régionales » en 2008 dans son contenu au chapitre des collectivités territoriales. Il y a donc là la volonté manifeste de territorialiser les langues qui sont pourtant avant tout une question d’identité et de liberté individuelle. Langues et cultures ne doivent pas être les propriétés de territoires.
    C’est donc toute une conception de la démocratie qui se joue autour de ces questions. Qu’est-ce qui est plus important dans une démocratie républicaine : l’uniformisation culturelle de l’ensemble (ou d’ensembles) ou le respect du citoyen ? Félix Castan, de part son travail sur l’identité culturelle française, a développé un regard pertinent sur ces questions, et il pensait que le citoyen devait être placé au sommet de la pyramide républicaine. A une époque où la circulation des idées et des individus n’a jamais été aussi importante et où la survie de certaines langues est un sujet préoccupant, il nous semble en effet qu’il y a urgence à placer l’individu-citoyen dans toutes ses composantes au coeur des objectifs de la démocratie républicaine. En ce sens le respect des identités linguistiques doit bien être une préoccupation nationale et internationale.

    Jean-Marc Buge
    21/07/09

  48. Ludowski

    Bonjour à tous,
    virulens linguae !
    il me semble qu’une langue, quelle qu’elle soit, doit pour être vivante et bien portante s’accaparer la littérature et la presse d’autrui. Car bafouiller quelques mots ou scribouiller quelques articles dans une quelconque langue dans son petit coin n’a de portée qu’en ce même circuit fermé (le débat ne fait que s’auto-alimenter).
    Or, pour qu’une langue soit reconnue, il faut donner envie de l’apprendre, il faut qu’elle suscite l’intérêt et l’utilité… Quelques réflexions à ce sujet, en forme de puzzle (on n’hésitera pas à y apporter ses propres pièces):

    Si aucune loi n’empêche de parler une quelconque langue en Europe, ce n’est pas une loi l’y autorisant officiellement qui y changera quoi que ce soit. La traduction et l’édition d’oeuvres littéraires japonaises, américaines, irlandaises, etc. en occitan, en berrichon, en sorbe, en galicien, a plus d’autorité en la matière qu’une inscription dans la constitution: quinze langues siègent au sein de la constitution républicaine indienne, ce qui n’empêche pas une centaine d’autres langues et une bonne vingtaine d’alphabets de cohabiter. 300 dialectes vivants en Allemagne, et autant de versions littéraires. Idem pour le sorbe aux confluents de la Tchéquie, de l’Allemagne et de la Pologne, le Nynorsk en Norvège, l’estonien en Courlande.

    Concernant les télévisions ou radios diffusant dans les langues malheureusement dites régionales : un suivi en franco-provençal ou en berrichon de la diplomatie internationale ou des jeux olympiques, a davantage de poids et d’intérêt que l’annonce du vide-grenier et du festival de danse folklorique de la MJC. Il donne en tout cas l’envie de se pencher sur la langue et apporte un lexique plus riche, plus apte à s’exprimer en dehors de la région.

    Le français compte 90.000 mots. L’anglais comptait 120.000 mots dans les années 50, 210.000 mots aujourd’hui, à force de voyager, de se laisser adapter, et de s’employer dans divers pays et diverses technologies; cet enrichissement ne provient ni du gaélique, ni de l’écossais, ni du manish, ni des falklands.

    L’azerbaïdjanais est une langue de famille turque écrite dans une version de l’alphabet cyrillique, elle est très très très proche du turc (intercompréhension quasi-systématique). Elle a été reconnue comme langue, et non plus comme langue régionale du Karabakh, lorsque l’Azerbaïdjan a dû, entre 1997 et 1999, lancer des éditions de dictionnaires azeri-turque, azeri-russe, azeri-arménien, soit-dit entre voisins, mais aussi des éditions exotiques telles qu’azeri-portugais, azeri-coréen, azeri-finlandais.

  49. Pierre Janin

    Bonjour à tous,
    J’entre dans ce forum le 22 février 2010, alors qu’apparemment, les contributions se sont un peu taries depuis l’été dernier. J’ai bien entendu parcouru (plus que lu) les contributions précédentes, très souvent intéressantes et argumentées d’une manière que je qualifierai d’« honnête », c’est-à-dire échangeant avec bonne foi des arguments.
    Je désire entrer à mon tour dans ce débat mais, avant de m’y engager, je voudrais signaler à mes éventuels lecteurs qu’il se trouve que mon travail est justement la politique linguistique (à la délégation générale à la langue française et aux langues de France). Néanmoins, dans mes contributions, je m’exprime à titre purement personnel : ces positions n’engagent en aucun cas l’organisme administratif où je travaille.

    Ceci posé, dans le débat déjà ancien entre les tenants des langues de France (ou régionales pour beaucoup) et les « centralisateurs » (pour le dire d’un mot), la masse des contributions de ce forum penche nettement en faveur des premiers, partisans de la diversité linguistique. Personnellement, c’est aussi mon approche.

    Le point que je voudrais aborder ici est le suivant : comment faire pour proposer à mes concitoyens d’entrer dans les langues de France, les « nationaliser », en évitant si possible deux écueils. Le premier, c’est l’option « régionaliste » conçu comme une visée plus ou moins sourdement indépendantiste (celle qui fait si peur aux jacobins, celle d’un éclatement de la République) ; le second, c’est une vision disons angélique de la pluralité des langues, qui dirait : « Toutes nos langues formant partie de notre patrimoine national, elles doivent être accessibles partout et en tout lieu, le breton en Alsace, le corse au Pays basque, etc. » Louable intention, certes, mais qui, en déracinant nos langues de France du terroir où elles vivent (ont vécu !?), risque de les dénaturer, de les rendre si abstraites, détachées de leur contexte/environnement culturel que pour le coup, elles ne seraient plus que des idées pures.

    Comment donc faire vivre nos langues, à la fois comme relevant d’un territoire, d’une histoire propres et comme appartenant au patrimoine immatériel commun de notre pays ?

    Cet enjeu posé, la première remarque à faire est que, dans nombre des contributions de ce forum, les langues sont conçues comme un objet fermé, comme un tout. Or connaître une langue, ce n’est pas forcément la maîtriser dans toutes ses compétences (comme disent les spécialistes), qui sont, pour résumer : deux compétences de réception (j’écoute et comprends, je lis et comprends) et deux de production (je parle une langue, je l’écris). Certes, ces quatre compétences sont toutes sollicitées à un moment ou un autre dans l’acte de langage, mais il est intéressant de raisonner en les dissociant.

    Par exemple, les études spécialisées, tout comme l’expérience individuelle, montrent clairement que les compétences de réception (écouter, lire) demandent beaucoup moins de temps à acquérir que celles de production (parler, écrire). Cela ne concerne pas seulement les langues dites étrangères, mais d’abord notre langue maternelle : l’exemple quotidien montre que nous utilisons un registre de lexique beaucoup plus étroit que celui que nous comprenons ; de même, nous lisons (et comprenons) quotidiennement des textes que nous serions souvent bien incapables de rédiger avec la même clarté ou finesse. C’est d’ailleurs le propre de la littérature que nous puissions l’apprécier, dans son génie formel, sans pour autant être capable de devenir soi-même écrivain (tout comme on peut être mélomane sans être musicien).

    Si l’on admet cette dissociation des compétences, on peut aborder le sujet des langues régionales et de leur nationalisation d’une manière qu’on pourrait qualifier de « modeste » mais néanmoins très positive : est-ce qu’un grand progrès pour la reconnaissance du patrimoine linguistique français ne commencerait pas par l’initiation à la compréhension, même partielle, d’un certain nombre de ces langues ? Un Breton, ou un Alsacien, n’ont peut-être pas l’envie, ou le temps, ou l’occasion, de se plonger dans une étude exhaustive de l’occitan, ou du corse, ou du saintongeais, et inversement (ce sont de simples exemples).

    L’entrée que je propose est donc celle d’une initiation à la pluralité des langues, particulièrement les langues de France, et ce dès l’école primaire. Solution que s’oppose à la tendance (ou la réalité actuelle) pseudo utilitariste d’une entrée massive dans l’anglais.

    En effet, avoir les rudiments pour les aborder, pour entrer dans leur compréhension, pour circuler modestement dans ces langues serait déjà une grande avancée. Non seulement pour acquérir des éléments de culture et la possibilité d’entrer dans la familiarité de textes nouveaux, mais aussi pour prendre conscience de leur importance dans la mosaïque qui compose notre patrimoine, et de l’importance éthique de s’ouvrir aux autres cultures (régionales souvent, parfois sans territoire, comme les langues de l’immigration, dont les locuteurs sont dispersés sur tout le territoire national).

    L’approche modeste que je proposerais conduit ainsi à faire circuler les langues pour mieux les connaître, donc les respecter comme un patrimoine collectif ; mais les connaître ne signifie pas les adopter forcément, dans ce cas les apprendre, ou bien encore les opposer les unes aux autres. Privilégier ma langue régionale (ou d’immigration) est un choix parfaitement fondé pour renforcer mon identité ; exiger de l’autre qu’il la connaisse à fond, c’est en revanche déjà entrer dans un rapport de forces, un irrespect de sa propre identité. Nous connaître mutuellement nous rassemble : nous respecter mutuellement nous rassemble plus encore. Mon idée de la nation, c’est de tenir les deux bouts de la chaîne : le vivre ensemble, sur des valeurs communes, mais d’abord sur le respect des différences nées de la variabilité de nos origines.

    Pour en terminer, je citerai la contribution de Dominique C. (n° 45) qui fait, à mon avis très justement, « un parallèle entre la perte de diversité biologique et la perte de diversité culturelle ». Sur ce point, je voudrais renvoyer à une étude intéressante de Mme Tove SKUTNABB-KANGAS (2002), Pourquoi préserver et favoriser la diversité linguistique en Europe ? Quelques arguments, Conseil de l’Europe, études de référence, Strasbourg, http://www.coe.int/t/dg4/linguistic/Source/Skuttnab-KangasFR.pdf. En particulier aux pp. 13 à 15 (3-1 : Les arguments du patrimoine et de la diversité biologique: les diversités linguistique et culturelle sont le réservoir des savoirs accumulés tout au long de l’histoire et sont liées à la diversité biologique). Les langues sont aussi l’objet par lequel les hommes peuvent s’intégrer au milieu spécifique dans lequel ils vivent, et c’est pourquoi elles relèvent d’un terroir, d’un territoire qui explique pourquoi et comment elles nomment le réel. L’on cite toujours l’exemple des langues inuit, qui possèdent un nombre considérable de mots pour désigner la neige et ses divers états ; eh bien, un peu comme boutade, pourquoi ne pas penser à un autre lieu, la France, où les indigènes ont à peu près 365 manières de désigner le lait caillé fermenté, je veux dire… le fromage !?

  50. Proposition intéressante, qui pointe bien certains des écueils qui guettent toute réflexion et toute action sur la question de la pluralité linguistique en France. Notamment les nationalismes ou en tout cas les pensées inspirées même inconsciemment par l’idéologie nationale française. Par exemple le fait que la plupart des revendications linguistiques régionales de France (mais pas toutes heureusement!) ne cherchent finalement qu’à reproduire à une autre échelle sur d’autres espaces les modalités de construction d’un état-nation à tendance centraliste et homogénéisante. Elles fonctionnent dans les cadres dominants plutôt qu’en les discutant. Autre exemple clé: en France, les seules discriminations officiellement non punies par la loi et même encouragées par les idées dominantes (et les lieux principaux de conformation aux normes sociales comme l’école ou les médias), sont les discriminations linguistiques.

    Les auteurs du texte ont raison de penser qu’il faut poser le problème autrement. Je ne suis pas loin d’être d’accord avec l’idée, en tout cas avec un de ses objectifs: éduquer tout le monde à toutes les langues de France et pas uniquement à la langue française normée ou à la langue régionale de chez soi. Mais je crains que ce soit infaisable et donc contre-productif. Il est préférable d’éduquer à la pluralité linguistique, selon les dispositifs aujourd’hui bien rodés de l’éveil aux langues, de la compétence d’intercompréhension et de la compétence plurilingue et interculturelle. Plusieurs études (notamment le guide de politique linguistique éducative de Beacco et Byram disponible sur le site du Conseil de l’Europe) qu’il n’y a pas d’éducation linguistique possible sans éducation préalable, parallèle et générale à la pluralité linguistique, sans une politique générale qui l’érige en norme à la place du monolinguisme et de la norme linguistique unique. Ce n’est donc pas aux langues qu’il faut éduquer les gens de France, c’est à la pluralité, ici linguistique et culturelle, et plus largement humaine et politique.

    Et toute pluralité est alors légitime, digne d’intérêt, sans distinguer les langues par « région » ou par « origine ».

    Dès lors, je préfèrerais renverser la proposition. Non pas nationaliser les langues de France, mais au contraire dénationaliser le français pour lui restituer une place plus libre et plus large (y compris à l’échelle mondiale). Pour beaucoup de Français (moi y compris dont la famille est à l’origine de langues provençale et italienne), au niveau global de l’histoire des pratiques linguistiques en France, le français n’est devenu une langue effective, pratiquée, comprise, puis parlée, qu’à partir de la fin du XIXe siècle et surtout au XXe. En même temps, ou à peine un peu plus tôt que dans les autres pays francophones, et sous des modalités par forcément si différentes. De ce point de vue, malgré son nom malencontreux, le français n’est pas plus la langue de la France ou des Français que de tout francophone individuel ou collectif dans le monde.

    Et puis nationaliser renvoie encore à la suprématie du cadre « national » (= « étatique » dans la pensée française, mais pas partout). C’est le renforcer. En tout cas ne pas le mettre en question. Quand on voit les drames humains causés par les nationalismes au cours de l’Histoire, on peut se demander si l’abandon de la notion de nation ne serait pas une bonne chose…

    Dernière chose, comme tout éducation interculturelle, tout ceci n’est possible qu’avec progressivité et en partant de ce que vivent, pensent, apprécient ou rejettent les personnes concernées. Nuance, prudence… Je crois que de ce point de vue, on part de très loin en France pour rééduquer à la pluralité linguistique, y compris ceux qui prétendent y œuvrer en normalisant à tout va une langue « régionale » pensée de façon « nationale ». Je suis ainsi moins optimiste que le texte sur « ce que veut le peuple français », si tant est que cette notion ait un sens, recouvre une réalité commune.

    Mais ce n’est pas une raison pour ne pas agir. Au contraire. Coumo dihié l’autre, anen e veiren Berro.

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